2016 – Morvan Oxygen Trail

L’avant course :

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Le rendez-vous est pris! En préparation de l’UT4M-100 fin août, j’ai besoin de faire du volume! Donc une course tout début juillet s’inscrit bien dans la préparation, et le Movan Oxygen Trail a lieu les 2-3 juillet, c’est parfait!

Enfin, parfait, tout est relatif… La préparation est presque inexistante, je n’ai fait que quelques footings depuis la No Finish Line début mai, j’ai attrapé un bon gros rhume 2 semaines avant la course, et en plus de ça j’ai passé une semaine assez festive juste avant la course. J’ai tout juste étudié le parcours, je n’ai pas noté l’emplacement des ravitos, je n’ai pas noté toutes les barrières horaires, …

Bref, j’ai tout donné pour raté ma course!

J’ai tout juste eu le temps de préparer mon bâton pense-bête, avec uniquement le profil de la course. Ceci étant dit, la course ayant lieu le samedi soir, je prends la route avec Seb (qui va aussi tenter l’aventure) le samedi midi, direction Château-Chinon. Nous sommes tous les deux inscrits sur la version 61km, qui combine le 16km de jour (départ à 18h) et le 45km de nuit (départ à minuit).

Nous arrivons assez en avance sur place, et faisons la connaissance de Olive et Manu, garés à côté de nous. Je ne le sais pas encore, mais je passerai une bonne parti de ce challenge en leur compagnie!
Traditionnel retrait des dossards, les cadeaux aux participants sont bien pensés : trousse de premiers-secours incluant une couverture de survie (obligatoire sur le 45km, vraiment pas bête de la part des organisateurs), gels, pâté et pain d’épices. Ça change du traditionnel t-shirt, et c’est chouette!

Je remplis mes gourdes pour le 16km, comme toujours une gourde d’eau claire et une gourde de boisson isotonique. Une bonne dose de Nok sur les pieds et parties sensibles, et direction le sas de départ, sans bâtons (je les pensais inutiles, à tord) mais avec mes Wave ascend habituelles pour les courses relativement courtes.


16km – Plan de route :

Comme je ne connais pas le parcours je pars sur un plan très simple : je dois à tout prix arriver frais sur la ligne d’arriver et ne pas entamer mon capital fraicheur et prévision de l’épreuve nocturne.
Que l’on soit bien clair, je suis là pour faire du volume, je ne cherche pas la performance. Là normalement vous explosez de rire, parce que je ne me rappelle pas d’un trail où j’ai voulu faire une perf…
Le mot d’ordre est donc : Marche dès que ça monte, trottine sinon!


16km partie 1 – Le lièvre…

Le briefing de course est donné, et PAN, c’est parti! Le départ est commun pour la course du 8km et du 16km, ça part très très vite devant! Sur le 16km, les marcheurs nordiques partiront avec quelques minutes de retards pour ne pas que l’on se gène mutullement. (c’était mal connaitre ma vitesse de course…). Les 2 tracés se séparent après 200m de course, nous prenons à droite dans la foret alors que le 8km reste pour l’instant dans Château-Chinon.

Le départ est une petite côte sur le bitume, tout ce qu’il faut pour se cramer. Je mets les aérofreins dès 300m de course pour ne pas me griller, comme à mon habitude. Sébastien est déjà parti devant, alors que je reste avec Olive et Manu, nous formons un petit gruppetto. Nous sommes tellement tranquilles sur cette course que déjà les marcheurs nordiques sont sur nos talons. On en rit, pas de pression pour nous.

Fin de la première côte sur bitume, et nous entrons dans la forêt, avec une belle descente. Je me sens pousser des ailes, enfin de bonnes sensations, un vrai bouquetin!

Et là, c’est le drame… Une belle montée, dré dans l’pentu! Je ralenti, marche, me fait doubler par les marcheurs supersoniques, mais arrivé en haut de la côte je sais déjà que j’ai été trop rapide et que j’ai grillé une cartouche, pour rien…

Je m’arrête, bois un coup, retrouve Olive et Manu et on repart tous les 3 pour faire marche commune pour les 10km restant.


16km partie 2 – Et la tortue!

A partir de ce moment là, c’est très simple. On marche à allure très tranquille dans les montées, et on trottine dans les descentes… Je sais, j’ai déjà dit ça, mais entre le dire au moment de partir et le faire en course, c’est pas la même chose.
La leçon est apprise, nous sommes tout les 3 sur le même rythme et nous jouons au chat et à la souris avec quelques marcheurs.

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Nous quittons bientôt la forêt, avançons bien dans des sentiers peu techniques, et on déroule (un peu, rien qu’un peu) la foulée avec plaisir dans les descente, sans se mettre en sur-régime.

Après le ravitaillement du 8ème kilomètre, nous entamons une longue montée pour atteindre au final la ligne d’arrivée. Il fait chaud et le fait de me faire bien arroser par des supporters au passage me fait le plus grand bien!
Nous entrons à nouveau dans la forêt afin d’effectuer la dernière ascension… et quelle grimpette! La pente est raide et je regrette de n’avoir pas pris mes bâtons pour ce 16km… Je gère l’effort comme je peux pour déboucher sur les hauteurs de Chateau-Chinon sous un grand soleil.

La ligne d’arrivée est franchie en 2h21’52 », 156ème / 158 arrivant… La lanterne rouge n’est pas loin!

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L’entre 2 courses

Une fois la ligne d’arivée franchie commence une nouvelle course contre la montre. Quelques morceaux de fromage et de jambon avalés (oui, il est déjà 8h30) et Olive, Manu et moi rejoignons à pied le gymnase un petit km plus bas, ou se situe la ligne de départ du 45km qui partira à minuit.

Il nous reste donc un petit peu plus de 3h pour recharger les batteries et nous préparer pour le gros de la course.

Au gymnase nous retrouvons Seb, qui aura bouclé les 16km en un petit peu plus d’1h40. Il se fait masser par les ostéos bénévoles sur la course. Bonne idée, nous nous y dirigeons aussi! Mais… nous ne sommes pas les seuls à avoir cette idée…

Il est 10h30 quand vient mon tour de me faire palper. L’attente a été longue, j’ai bien fait de me changer et d’enfiler une polaire pour ne pas trop me refroidir. 10mn de massage et mes mollets sont à nouveau d’attaque (enfin plus ou moins, on a quand même 16km dans les pattes…). Direction la voiture pour un petit somme (impossible étant donné l’adrénaline de la course et le concert qui a lieu en même temps), mais le repos fait tout de même du bien.

Il est 23h30, nous nous préparons, enfilons une couche plus chaude que cet après-midi, car le temps annoncé est bien plus frais (autour de 5° au point culminant). Je me tartine d’une bonne couche de Nok, prends mes bâtons road-book (profil de la course uniquement), j’enfile mes La Sportiva Raptor dont le confort et l’accroche ne sont plus à prouver sur les courses longues, et direction la ligne de départ de départ.

Les bénévoles contrôlent la présence de la couverture de survie (je vous avait dit que c’était malin de la mettre en cadeau de participation) et nous entrons dans le sas.

Il est 23h50, l’aventure est sur le point de commencer.


L’aventure nocturne – Partie 1 : En terrain connu

Le décompte est lancé, le départ donné, et les participants du 45km et du 24km font course commune pour les premiers 12km. Nous prenons le départ à 4 avec Seb, Olive et Manu. Il s’agit de refaire le début de course du 16km de l’après-midi, donc nous savons dans quoi nous nous embarquons.

Seb a les jambes qui le démange, donc il nous lâche après 200m, car de notre côté nous marchons pour l’instant. On ne le reverra plus avant la ligne d’arrivée.

Le trio de queue (oui oui, on est bien derniers) retrouve donc cette grande descente ou je me sentais si bien en fin d’après-midi. Les sensations sont toujours là, c’est bon signe. Vient ensuite cette fameuse montée abrupte qui m’a remis à ma place plus tôt dans la journée. Je la gère beaucoup mieux et peu à nouveau dérouler sur le replat, les sensations sont bonnes donc, pour l’instant (vous vous doutez de ce qui va arriver?).

Un rocher de gravis, une départementale traversée, un coureur en difficulté emballé dans sa couverture de survie sur le bord du chemin en attendant les secours (pour la troisième fois, couverture de survie, très bonne idée!!), nous sommes toujours en terrain connu.


L’aventure nocturne – Partie 2 : Serrer les dents

Mais ça c’était jusqu’à ce qu’au, au détour d’un virage, nous tombions sur un quad éclairant une côte, ou plutôt un mur à gravir. Une vrai grosse difficulté, que nous grimpons tant bien que mal à notre rythme. La fatigue commence à se faire sentir, et je cours de moins en moins sinon presque plus.

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Et là, un nouvel obstacle. Un nouveau mur, cette fois tellement abrupte que les organisateurs ont installé une corde pour nous aider à grimper. L’obstacle est franchi tant bien que mal, mais les réserves sont bien entamées pour ma part. Je sens que la nuit va être très longue, mais je continue.

Nous débouchons vite sur le premier ravitaillement. Il nous fait énormément de bien. Nous sommes désormais organisés en 2 groupes : Olive et moi d’une part, Manu et un nouveau compagnon de galère de l’autre. Ils sont plus en jambe que nous, et repartent rapidement du ravitaillement. Nous ne les reverrons pas avant la ligne d’arrivée.

Premier signe de moins bien de mon côté : mes jambes me disent qu’il faudrait arrêter ici et emprunter le parcours du 24km (le 45km et le 24 se séparent ici). Ma tête (et Olive) lui répond que je suis pas venu pour ça! Fromage, coca dilué, un petit peu de charcuterie et nous quittons le ravitaillement et ses bénévoles adorables. Le serre-file et un dernier coureur atteignent le ravitaillement alors que nous le quittons.

Ça y est, je le sens, la course va se jouer autant au mental qu’au physique à partir de maintenant. Je savais que ça allait arriver vu ma préparation absolument vide, mais j’espérais que cela arrive plus tard. Beaucoup plus tard…

Heureusement, j’ai bien travaillé ma technique de marche à l’entrainement ou au cours de la No Finish Line, donc je maintiens pour l’instant un bon rythme. De son côté, Olive a un gros coup de moins bien, la motivation chute et il s’agit bientôt de faire demi-tour. Je fais ce que je peux pour le maintenir dans la course, au moins jusqu’au 18ème kilomètre ou se situe la prochaine barrière horaire. Le sauveur apparaît en la personne de Hervé, le serre-file, qui lui explique que faire demi-tour le rallongerai par rapport au ravitaillement déjà passé. Hervé ne le sait pas encore, il vient de sauver la course d’Olive dont le moral va revenir quelques kilomètres plus loin.

De mon côté, c’est maintenant une lutte interne qui est engagée, entre ma tête qui me dit de continuer, et mes jambes qui me disent d’arrêter. Et cette bataille est une des plus difficile, car petit à petit, la fatigue et la douleur entraînent le cerveau dans cette spirale négative qui fait que l’on pense sincèrement à l’arrêt ou l’abandon. Pour l’instant je ne suis pas encore là, mais je sais que ce moment arrivera.

La nuit est étoilée, nous en profitons car pont de vue paysages, on ne distingue absolument rien! Ce doit pourtant être magnifique. Hervé, qui maintenant fait route avec nous car nous sommes en toute queue de peloton, nous informe que l’année prochaine la course sera certainement courue d’avantage de jours. C’est une bonne chose!

Car pour l’instant, comme il fait nuit, je regarde là ou je mets les pieds, je sens les gros écarts de température d’un vallon à l’autre, j’entends Olive reprendre du poil de la bête et c’est génial, mais de mon côté la lutte intérieur a bel et bien commencée.

chrono-gifgifJe me répète ce que je lui disais il y a quelques kilomètres : Allez, jusqu’au 18ème. On verra après ça. Car une partie de la course se joue au 18ème. Passé 3h, vous êtes orientés vers un parcours de repli de 38km au lieu des 45 initialement prévu, ce qui vous fait éviter la principale ascension de la course : le Haut-Folin. Nous arrivons au 18ème kilomètres et son feu de bois au coeur de la nuit. Il est 3h20 (il me semble) et nous sommes logiquement orientés sur le parcours de repli, qui comporte 7km de descente afin de rejoindre le parcours du 45km un peu plus loin.

Ça y est, les jambes ont gagné la bataille contre la tête, et je pense définitivement à m’arrêter. Ces 7km de descente, sur bitume, me font un mal de chien. Nous rejoignons un ravitaillement après cette interminable descente, et je peux enfin m’asseoir. Je suis affamé, frigorifié, K.O. Les bénévoles sont vraiment adorables, elles remplissent mes gourdes et me remotivent. Elles n’ont pas de place dans leur voiture, sinon je serai monté avec elles. Je le sais je leur ai demandé… Mais elles n’ont jamais lâché leur sourire et m’ont redonné la motivation, passé cette bonne pause hors de l’espace et du temps.

Ce fut pour moi le moment le plus difficile de la course. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’à partir de ce moment là ce fut simple…

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L’aventure nocturne – Partie 3 : Serrer les gencives…

A partir de ce moment, l’aventure n’est plus qu’une longue et silencieuse lutte.

Je n’ai que peu regardé autour de moi, mon premier salut est venu du lever du soleil. Ce moment si particulier et que j’aime tant sur une course, car il te réchauffe le cœur et les muscle, et donne un petit regain d’énergie.

Ma technique de marche se dégrade avec les heures, mais je fais tout pour garder un rythme constant, ne m’autorisant que peu de pauses. Bientôt, nous rejoignons les coureurs du 45km. C’est à ce moment là que je perds Olive qui a repris du poil de la bête et a pris de l’avance, c’est super pour lui de voir que le coup de moins bien est passé et qu’il peut à nouveau avancer sereinement!

Il fait maintenant jour, bien que couvert. Je regarde peu ma montre car dans ces cas là le temps passe beaucoup trop lentement. Je regarde donc le sol, parle brièvement avec hervé qui me remonte le moral à chaque instant, et avance. Lentement.

Moi qui n’avait pas passé la barrière horaire des 18km, je me croyais hors course, non classé. A tords! En fait j’avais une pénalité de 2h mais pouvais espérer être classé si je passais la barrière horaire de la traversée de l’Yonne, au 38ème kilomètre. Mer*e! Quand Hervé me dit ça, je ne suis plus dans les temps pour l’avoir, à moins de courir.

Hervé me pousse dans mes retranchements, et je donne tout pendant 20mn pour passer cet horaire couperet. C’est chose faite, bien aidé par les nombreux bénévoles qui assurent la sécurité en de nombreux points maintenant, et qui me redonnent un peu de motivation. L’organisation est vraiment géniale.

Il me reste maintenant à … traverser l’Yonne à gué, l’eau gelée jusqu’à mi-cuisses. Paradoxalement, même à 6h30, cela fait un bien fou!

Maintenant tout est joué, je n’ai plus de forces, les dernières ont disparu lors de ma descente vers cette dernière barrière horaire. La suite n’est plus que 4km à suivre Hervé pas à pas. J’ai retrouvé le moral, je suis heureux, c’est juste que je ne peux définitivement plus courir, et que mon rythme dans cette dernière longue ascension est très lent. Comme il me dit : une dernière montée! J’esquisse un sourire et m’efforce à ne pas penser au dessin de DBDB!

2012-09-12

Nous revenons enfin en terrain connu, le début du parcours. Il fait chaud maintenant, et je suis désormais accompagné par les organisateurs, Hervé et sa fille. Je les en remercie, énormément, ils ont fait de ces 2 derniers kilomètres un des plus difficile mais aussi le plus beau moment de la course.


L’aventure nocturne – Partie 4 : Serrer le poing!

Enfin, il est là : le gymnase, avec en son centre la ligne d’arrivée. En tant que LANTERNE ROUGE, je rentres dans la salle sous les applaudissements pour passer la ligne d’arrivée en trottinant (c’est pas vrai, je cours vraiment????).

Je prends Hervé dans mes bras en le remerciant de tout cœur pour le temps qu’il a passé à mes côté. Il mérite au moins ça, un gros calin bien transpirant 😀

Je retrouve Seb, Olive et Manu autour d’un petit dej’ gargantuesque (l’organisation n’a pas menti) :
Café, jus d’orange, croissant, pain, confiture, Nutella, gâteau à la crème, banane, orange, chocolat, et enfin barre énergétique (là je fais l’impasse).

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De son côté, Seb aura fait le parcours intégral tout comme Manu, et Olive aura fini en moins de 8h.

 


Le bilan!

Mon chrono : 8h07 pour ces 38km/1200D+, plus 2h de pénalité, soit 10h07. Ce qui porte mon temps sur le challenge 16+45 à un peu moins de 12h30.

La séance Suunto du 16km : ici!
Celle du 45km transformé en 38 pour moi : ici!

Mais ce n’est pas ce qui importe.

J’ai vécu une aventure incroyable, sportivement tout d’abord car j’ai particulièrement pioché dans mes forces pour arriver au bout de cette course.

Mais surtout, ce fut une aventure humaine de dingue, avec cette nuit passée avec Olive, Hervé, et l’ensemble des bénévoles qui m’ont soutenu pour finir cette course.

C’est peut-être un peu gnangnan comme fin, mais c’est comme ça!

J’ai fait du volume, ça c’est sur, mais surtout je garde en tête une course à taille humaine, que je vous conseille pour faire un premier (grand) pas sur la longue distance.

Technique, mentale, et chaleureuse!

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